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Du mercredi 27 au jeudi 28 janvier 2021
BRUZ, France
Carrefour des Gestions Locales de l'Eau - RENNES Carrefour des gestions locales de l'eau

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Interviews de Martin GUTTON et Thierry BURLOT

La région Bretagne et l’agence de l’eau Loire-Bretagne sont les partenaires institutionnels historiques du Carrefour de l’Eau. Pour cette 21ème édition, Martin GUTTON, directeur général de l’agence de l’eau Loire Bretagne, et Thierry BURLOT, vice-président du conseil régional de Bretagne ont répondu à nos questions…

Propos recueillis par Julien Marié

 

 

 

Martin Gutton,

Directeur général de l’agence de l’eau Loire-Bretagne

Carrefour de l’eau 2020
Le 10 janvier 2020

 

Le thème de votre séance plénière lors du prochain Carrefour de l’eau – Restons ambitieux pour l’atteinte du bon état des cours d’eau – semble indiquer une appréhension sur le bon état écologique du bassin Loire-Bretagne. Qu’en est-il de la reconquête du bon état des eaux ?

« Restons ambitieux pour l’atteinte du bon état des cours d’eau » car, plus que jamais, les efforts conjugués des uns et des autres sont nécessaires. Le changement climatique impose de garder le cap et d’amplifier les projets de réduction des rejets diffus ou ponctuels dans les milieux, d’économiser l’eau, et de ne pas oublier la biodiversité aquatique dans nos usages de la ressource en eau. C’est dans ce contexte que le comité de bassin et ses commissions doivent élaborer le prochain Sdage (schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux) 2022-2027 en lien avec son programme de mesures (programme d’actions).

La première étape consiste à réaliser un diagnostic global du bassin afin d’identifier les rivières, les lacs, les eaux souterraines, les estuaires… devant bénéficier d’actions de restauration de la qualité de l’eau et des milieux aquatiques pour 2027. Ce diagnostic est le point de départ pour agir au bon endroit et identifier les leviers pour protéger la qualité de l’eau.

3 étapes pour réviser le Sdage

La révision du Sdage comprend trois grandes étapes :

  • définir les enjeux : l’identification des questions importantes auxquelles le Sdage devra répondre pour progresser dans la reconquête d’un bon état des eaux et des milieux aquatiques (2018),
  • réaliser le diagnostic : la mise à jour de l’état des lieux du bassin (2019),
  • construire une stratégie et engager un plan de gestion : l’élaboration du projet de Sdage révisé et de son programme d’action associé (2020-2021).

 

 Les principaux résultats de l’état des lieux 2019 du bassin Loire-Bretagne :

  • en 30 ans, division par 4 du phosphore en rivière sur le bassin,
  • depuis 10 ans, plus de 75 % de nos cours d’eau sont en bon état pour les invertébrés et la macro-flore aquatiques,
  • 87 % des nappes souterraines sont en bon état quantitatif, et 80 % des eaux côtières du bassin Loire-Bretagne sont en bon état écologique.

 

Cependant, des progrès restent à accomplir sur le bassin Loire-Bretagne :

  • l’hydrologie et les pollutions diffuses restent un enjeu prépondérant sur le bassin Loire-Bretagne,
  • la morphologie des cours d’eau du bassin Loire-Bretagne est majoritairement altérée : structure et substrat du lit, structure de la rive, ouvrages transversaux…
  • les rejets ponctuels des collectivités et des industries en diminution constante restent cependant impactant sur les cours d’eau à faible débit.

 

L’agence de l’eau Loire-Bretagne lance 6 appels à projets ou initiatives : quels sont leurs objectifs à long terme ?

Les débats qui ont nourri l’élaboration du 11e programme ont fait émerger l’intérêt d’expérimenter des appels à projets (AAP) ou des appels à initiatives (AAI) pour mettre en œuvre les priorités du 11e programme. Il s’agit d’encourager l’émergence de projets/initiatives spécifiques et de rendre visible l’action dans ce domaine.

Deux types d’appels à candidatures sont prévus :

  • les appels à projets (AAP) permettent de faire émerger des projets avec les demandes d’aide associées. Ils s’inscrivent dans le cadre du 11e programme et permettent de mettre l’accent sur une thématique à enjeu.
  • les appels à initiatives (AAI) visent à faire venir des initiatives qui dans un second temps débouchent sur des projets avec des demandes d’aide.

 

Ils portent sur :

  • la restauration des milieux aquatiques et humides en faveur des espèces menacées,
  • les économies d’eau consommée pour s’adapter au changement climatique,
  • la mise en place de filières agricoles favorables à l’eau,
  • la biodiversité marine,
  • la gestion durable de l’eau de pluie en milieu urbain,
  • les paiements pour services environnementaux.

 

15 millions d’euros sont octroyés. Quels types de solutions allez-vous expérimenter ?

L’agence de l’eau Loire-Bretagne favorise l’émergence de nouveaux projets et l’expérimentation de solutions innovantes. Ces six premiers appels à projets s’inscrivent dans les conclusions des Assises de l’eau et le Plan biodiversité. Ils prévoient de consacrer un total de 15 millions d’euros à la déclinaison opérationnelle de ces plans.

Les solutions que l’agence souhaite faire émerger à travers ces appels à candidatures sont multiples :

  • des travaux de restauration permettant la reconquête des habitats et favorisant la circulation des espèces cibles au cours de leur cycle de vie,
  • la création de débouchés afin de favoriser la création ou la consolidation de filières de valorisation de cultures ou productions favorables pour l’eau
  • tester l’intérêt de la logique de rémunération de services environnementaux en comparaison avec les autres dispositifs existants,
  • ou encore des solutions pour infiltrer ou évaporer les eaux pluviales et ne plus les évacuer par des réseaux…

 

 

Thierry Burlot,

Vice-président de la Région Bretagne, chargé de l’environnement et de la biodiversité

Carrefour de l’eau 2020
Le 10 janvier 2020

 

Vous allez réfléchir lors du prochain Carrefour de l’eau à la perception qu’ont les Bretons de leur eau. Quel est déjà votre point de vue ?

Les cours d’eau et les zones humides façonnent le paysage breton. Les ressources en eau sont essentiellement superficielles en Bretagne et donc visibles, ce qui induit une relation et un attachement particuliers des Bretons à leur eau.

Un sondage mené en 2018 par le Centre d’information sur l’eau met en évidence que pour 74% des Bretons interrogés, les ressources en eau sont polluées, et que 54 % d’entre eux craignent de manquer d’eau à l’avenir.

De fait l’état des lieux sur la qualité des masses d’eau bretonnes, mis à jour récemment par le Comité de bassin Loire Bretagne, estime une moyenne de 40% de masses d’eau en bon état en Bretagne, alors que l’objectif fixé par l’Europe est 100% en 2027. Si à l’ouest de la région la bataille est en passe d’être gagnée puisque 70% des masses d’eau sont en bon état, c’est loin d’être le cas en Ille-et-Vilaine où 93% des masses d’eau sont dégradées, essentiellement pour des problématiques de morphologie (cours d’eau recalibrés avec l’urbanisation), et de pollutions en nitrates et pesticides. L’enjeu est donc double : poursuivre la restauration de la qualité des eaux, mais également préserver et valoriser le bon état des cours d’eau partout où il est atteint en faisant des milieux aquatiques un atout pour l’attractivité et le cadre de vie du territoire.

 

Autre axe de réflexion, la Région Bretagne propose un atelier sur le partage de la ressource dans un contexte de raréfaction. Pourquoi un tel sujet ?

Parce que la tension sur la ressource en eau s’est énormément accrue en Bretagne ces dernières années. Les prévisions de prélèvement sur la ressource estimée par les trois syndicats départementaux d’eau sont déjà dépassées. Sur les trois dernières années, les prélèvements d’eau ont augmenté de 12 millions de m3 en Bretagne, et la consommation par habitant ne diminue plus. Il pleut deux fois moins à l’est de la Bretagne qu’à l’ouest, alors que c’est à l’est que le développement ainsi que la pression urbaine et démographique font que les besoins en eau sont de plus en plus importants. Si l’approvisionnement en eau potable est assuré grâce à des interconnections, cela reste parfois au détriment des milieux aquatiques ou de certains usages. Il est donc important de réfléchir ensemble au lien entre aménagement du territoire, développement économique, cadre de vie, attractivité et eau, mais également au partage de la ressource entre les usagers.

 

Temps fort du Carrefour de l’eau depuis 12 ans, la remise des Trophées Zéro Phyto par la Région Bretagne renvoie à un défi majeur pour le territoire breton. Pouvez-vous nous dresser un état des lieux ? Est-ce que l’usage des pesticides diminue réellement en Bretagne ?

Les produits phytosanitaires sont présents dans l’eau, les sols, l’alimentation (notamment fruits et légumes), mais aussi dans l’air. Leur réduction est une attente sociétale forte et une nécessité pour préserver la santé et l’environnement. Leur impact négatif sur la santé et la biodiversité est mis en avant dans de nombreuses études, qu’il reste sans doute à diffuser et partager davantage. Il s’agit à la fois de dépasser des logiques de confrontations stériles et des approches parfois irrationnelles, mais aussi d’orienter les décisions politiques nécessaires à la protection des territoires, de la nature et des populations sans installer un climat de défiance envers la profession agricole allant jusque des fractures sociétales inacceptables pour nos concitoyens agriculteurs et dommageables pour la Bretagne.

En zone non agricole, les collectivités bretonnes accompagnées par la Région se mobilisent depuis de nombreuses années via la mise en place d’une charte Zéro phyto, charte plus exigeante encore que la loi Labbé puisqu’elle interdit l’usage de ces produits sur tous les espaces publics y compris les terrains de sport et les cimetières. Aujourd’hui 353 communes sont en zéro phyto, et un tiers de la population bretonne bénéficie de cet environnement où la vigilance phytosanitaire est accrue, et où se développent de nouvelles techniques mécaniques ou à base de produits autorisés en agriculture biologique par exemple.

Mais dans le domaine agricole, dont l’usage représente 90% de la consommation des produits phytosanitaires en France, et malgré un plan Ecophyto lancé en 2008 par l’Etat dans le cadre du Grenelle de l’Environnement, les ventes de produits phytosanitaires ont continué d’augmenter entre 2008 et 2016. La sortie des produits phytosanitaires de synthèse reste donc un enjeu fort pour la Bretagne, et a donné lieu à l’écriture d’un objectif ambitieux dans la Breizh Cop: « tendre vers le zéro phyto en Bretagne en 2040 ». Pour l’atteindre, la Région s’organise et initie un travail au sein d’une commission spéciale composée d’élus régionaux représentant tous les groupes politiques. Celle commission auditera des scientifiques, acteurs de la santé, du monde agricole et industriel pour élaborer des propositions concrètes.

Par ailleurs, un débat sur le sujet aura lieu lors de la conférence plénière organisée par le Conseil régional le 30 janvier après-midi au CGLE.



Publié le 10/01/2020
F.A.Q